
L'Allemagne veut préserver son autonomie numérique. (SEBASTIEN LAPEYRERE / HANS LUCAS)
Si un livre ou un article de presse peut revêtir une couleur politique,le traitement de texte qui a servi à les rédiger est également un sujet politique à part entière.
Les analystes estiment qu’en 2025,le logiciel Word édité par Microsoft détient une part de marché estimée entre 85 % et 90 % du marché mondialdes traitements de textes. Sachant que,désormais,l’accès à un tel logiciel ne s’effectue plus avec un programme informatique stocké sur l’ordinateur de l’utilisateur - comme c’était le cas à l’époque des disquettes - mais par un accès Internet en continu à un service hébergé dans les infrastructures de Microsoft.
Illustration supplémentaire avec la décision prise fin mars 2026 par l’IT-Planungsrat, l’instance fédérale de coordination en charge en Allemagne de la numérisation de l’administration publique.
Elle impose à toutes les administrations fédérales d’ici 2028 de ne recourir exclusivement qu’à deux formats pour publier des documents : d’une part,le format PDF dans sa version d’accessibilité universelle (PDF/UA),c’est-à-dire utilisable également par les aveugles et les malvoyants via des lecteurs d’écran,ou des personnes ayant des difficultés motrices avec une possible navigation dans le texte via un sommaire cliquable.
Et d’autre part,dans le format ODF (OpenDocument Format) qui est un modèle ouvert et gratuit de fichier pour réaliser des documents de bureau,à l’instar de Word.
L’emploi d’interfaces ouvertes - et non de logiciels propriétaires,le recours à des infrastructures locales de stockage de données,et le choix de solutions open source marquent très clairement la volonté de se mettre à l’abri des opérations d’ingérence numérique.
Qui peuvent aller de la captation des données à distance à l’interruption téléguidée ("kill switch") par une décision politique qui paralyserait le fonctionnement de l’entité utilisatrice de ces services numériques aujourd’hui omniprésents dans toutes les organisations privées ou publiques.
Les initiatives viennent plutôt de villes. Comme Lyon qui annonce en juin 2025 ne plus vouloir être dépendante des solutions logicielles américaines et remplacer dans ses services municipaux Microsoft par des logiciels libres. Ou Echirolles en Isère qui depuis 2021 privilégie aussi les logiciels libres.
Une démarche de mise à l’écart de Microsoft entamée depuis le début des années 2000 par la Gendarmerie nationale,particulièrement en pointe sur son autonomie en matière de programmes informatiques.