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REPORTAGE. \"Ce ne sont pas des lunettes d'espionnage, encore que...\" : le boom des lunettes connectées ravive la crainte d’être filmé à son insu

Sep 18, 2026 IDOPRESS

Lucile Latrubesse Serreault,opticienne chez Bonot Opticiens dans les Hauts-de-Seine,portant des lunettes Ray-Ban Meta. (Marina Cabiten)

Hey Meta,regarde et dis-moi ce qu'il y a dans le frigo." La voix robotique répond presque instantanément : "Il semble que votre réfrigérateur contienne quelques articles divers. Un emballage contenant probablement des fruits." La voix des lunettes propose même des recommandations. "Vous pourriez préparer une salade de fruits rapide et rafraîchissante ou un smoothie léger pour accompagner votre journée." Prendre des appels,écouter de la musique,filmer ou trouver son chemin,tout ça en ayant les mains dans les poches,c'est possible avec les lunettes connectées. Pour certains,ces lunettes remplaceront bientôt nos smartphones. Apple va bientôt se lancer dans leur commercialisation. Mais aujourd'hui,c'est le géant mondial de l'optique EssilorLuxottica qui domine le marché. Ses ventes de lunettes connectées,les fameuses "Meta" ont doublé en 2025. Elles portent le nom du partenariat avec l'entreprise de Mark Zuckerberg. C'est la monture la plus vendue en France et dans le monde.

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De nombreux signalements contre les lunettes Meta

Nous avons testé ces fameuses Ray-Ban avec Lucile Latrubesse Serreault opticienne chez Bonot Opticiens,dans les Hauts-de-Seine. "Je pense que tous les jours,on nous en parle",souligne-t-elle. Il faut débourser 400 euros pour avoir ces lunettes,pourtant,pas de quoi freiner les acheteurs. Lucile les vend beaucoup,de plus en plus,à des clients qui ont souvent une idée précise de ce qu'ils vont en faire.

"J'ai un client,par exemple,qui est très content des lunettes parce qu'elles lui permettent,devant ses enfants,de prendre plein de photos et de vidéos sans avoir à sortir son téléphone."

Lucile Latrubesse Serreault,opticienneà franceinfo

Ce même client lui racontait "qu'il était content parce qu'il avait filmé un anniversaire où il apportait un gâteau. Il pouvait filmer et en même temps apporter le gâteau sans tenir le téléphone. C'est un petit détail,mais c'est sympa",reconnaît-elle.

"Les données sont transmises à Meta"

Mais l'opticienne précise tout de même à ses clients où vont les informations transmises. "C'est le groupe Meta qui est derrière ces lunettes,explique-t-elle. À partir du moment où on a un compte Facebook,un compte Instagram,ce sont les mêmes données qui sont transmises à Meta. J'ai quelqu'un qui m'a dit en rigolant hier : 'Vous avez des lunettes d'espionnage ?' Non,ce ne sont pas des lunettes d'espionnage,encore que…"

Les lunettes Ray-Ban Meta prises en photo en septembre 2026. (Marina Cabiten)

Là,se trouve un des côtés obscurs des lunettes connectées. Pour démarrer la vidéo,il faut demander verbalement aux lunettes de commencer à filmer. En disant,"Hey Meta,filme ce que je regarde". Ou plus discrètement,en appuyant sur un petit bouton en haut de la branche de lunettes. Nous avons demandé notre chemin à une passante,en filmant avec les lunettes Meta. La passante ne s'est,sur le moment,aperçue de rien,confie que ça la gêne "énormément" de savoir qu'une personne peut la filmer à son insu.

La LED peut se retirer de la monture

Filmer une personne sans son accord peut constituer une infraction dans un lieu privé,mais aussi,dans certains cas,dans un lieu public. Les témoignages se multiplient ces derniers mois autour de ces lunettes. Dans la grande majorité des cas,ils viennent de jeunes femmes comme Mathilde. "Avec une collègue,nous avons été accostés par trois jeunes hommes d'une petite vingtaine d'années qui ont commencé à nous draguer,à demander notre snap et à faire des gestes obscènes",raconte-t-elle.

"Une semaine plus tard,je découvre mon image dans un post TikTok,qui fait plusieurs milliers de vues,avec énormément de commentaires dégradants à mon égard,des insultes sur mon physique,sur ma réaction."

Mathilde,filmée à son insu par des lunettes Metaà franceinfo

"Je comprends à ce moment-là qu'il avait des lunettes Meta,déplore Mathilde. J'envoie immédiatement un message à ce jeune homme pour lui demander de supprimer la vidéo. Je pense que mon seul argument d'autorité à ce moment-là,c'était mon nombre d'abonnés. J'en avais plus que lui. Donc je pense que c'est ça qui a fait qu'il a supprimé la vidéo".

Pouvoir filmer en toute discrétion devient même un business. Sur TikTok,on trouve facilement un compte qui propose de retirer,de la monture,la LED qui prévient que les lunettes enregistrent. "Si vous venez sur place,c'est 70€. Si on se déplace,c'est 90€. Dans toute l'Île-de-France",indique la personne au téléphone,alors que nous nous faisons passer pour une cliente potentielle.

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Sur les risques encourus,l'homme a une réponse toute faite. "Il y a un vide juridique là-dedans,assure-t-il. Ce que dit la loi,c'est : 'Qu'est-ce que vous allez en faire de vos lunettes ?'"

"Si vous regardez nos vidéos,vous verrez bien qu'il y a des policiers aussi qui viennent nous voir."

Un homme qui propose de retirer la LED des lunettes Metaà franceinfo

L'homme incite même à aller voir cette vidéo qui "a fait un million de vues",ajoute-t-il calmement.

En effet,si rien n'est fait de répréhensible avec les lunettes sans LED,il n'y aura pas de conséquences. En revanche,ce sera un effet aggravant en cas de dépôt de plainte. Encore faut-il savoir qu'on a été victime,ce qui est rarissime vu l'immensité d'Internet. Pour protéger leurs citoyens,des villes commencent à interdire les lunettes connectées dans les lieux publics. C'est le cas de Hambourg en Allemagne,depuis septembre 2026. La Norvège envisage de le faire dans tout le pays. Au Royaume-Uni,une pétition citoyenne dénonce une étape vers une surveillance totale.