
Un policier cannois réalise un test au protoxyde d'azote sur une conductrice,à Cannes,en septembre 2026. (MARC BERTRAND / RADIO FRANCE)
Face à la mer,entre les boutiques de luxe illuminées de Cannes,les policiers municipaux agitent leurs lampes torches pour arrêter une voiture avec trois jeunes femmes à l'intérieur et effectuent un contrôle au protoxyde d'azote. "On est les premiers en France",s'exclame fièrement l'agent de police.
Depuis le 22 août 2026,le maire de la ville,David Lisnard a fait de sa police municipale la première de France à s'équiper de détecteurs de protoxyde d'azote. "Dans l'attente […] de la loi Ripost",qui entrera en vigueur en février 2027,"qui fera notamment de la consommation,de la détention et de la conduite sous protoxyde un délit,nous choisissons l'anticipation pour protéger",assurait celui qui est aussi candidat à l'élection présidentielle,le 23 août,dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux de la ville.
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La mairie de Cannes a déjà pris des arrêtés pour interdire la consommation du protoxyde d'azote sur la voie publique. Mais les policiers ne peuvent constater l'infraction qu'en "flagrant délit",quand ils voient un conducteur ballon à la bouche,ou qu'ils trouvent des bonbonnes de protoxyde d'azote dans la voiture. Le détecteur,lui,n'est pas homologué par les services de l'État,il n'a aucune valeur légale pour qualifier une quelconque infraction. Pour le moment,il ne sert donc qu'à faire de la prévention : "La loi ne nous permet pas aujourd'hui de verbaliser par rapport à ce test",reconnaît Yves Daros. "Mais quand on tombe sur un conducteur positif,on ne peut pas en tant que policiers le laisser repartir. On poursuit notre contrôle routier,on refait un test au bout d'une heure,et si c'est devenu négatif,il peut repartir. Mais au moins,pendant une heure il n'aura mis personne en danger".


Guillaume Nesa,fondateur d'Olythe,une start-up qui s'est spécialisée dans les détecteurs de protoxyde d'azote,à Aix-en-Provence,en septembre 2026. (MARC BERTRAND / RADIO FRANCE)
L'entrepreneur ne comprend pas pourquoi son détecteur n'équipe pas la police nationale : "Je pense que c'est un gros manque pour les forces de l'ordre. Avec la loi Ripost,on va demander aux policiers de dépister à l'œil des comportements d'usages de drogues. Nous,on montre que des solutions existent et qu'elles fonctionnent". Son appareil a pourtant gagné la médaille du ministère de l'Intérieur,lors du dernier concours Lépine. Guillaume Nesa aimerait passer un marché avec la police nationale et la gendarmerie,mais assure qu'il "n'a pas plus de contact que ça" pour le moment. Le ministère de l'Intérieur,contacté par franceinfo,se montre avare de commentaires sur la question : "Les services de l'État expérimentent actuellement un dispositif de détection du protoxyde d'azote,en vue de son homologation".
"Surtout,l'appareil semble soumis à de nombreuses interférences : une positivité ne veut pas forcément dire qu'il y a du protoxyde d'azote. Il y a trop d'inconnues aujourd'hui,et l'entreprise ne sait pas démontrer son efficacité scientifiquement",détaille le biologiste. Selon lui,même les tests sanguins ne réussissent à détecter le protoxyde d'azote que 20 à 30 minutes maximum après l'inhalation.


Un détecteur de protoxyde d'azote,en septembre 2026. (MARC BERTRAND / RADIO FRANCE)
Le biologiste estime qu'il faudra des mois,voire peut-être des années,pour développer un test fiable. Olythe répond que son détecteur est déjà utilisé par la police danoise. Depuis le mois de janvier,deux districts de police du pays testent en effet l'utilisation de l'appareil. "Le résultat du capteur ne peut pas être utilisé pour condamner une personne,il s'agit uniquement d'un outil de dépistage et tout résultat positif doit être vérifié par une analyse sanguine",explique Charlotte Uggerhoj Andersen,professeure associée de médecine légale à l'université d'Aarhus,au Danemark. Elle est en train de finaliser une étude auprès de 15 participants pour tester la fiabilité du détecteur : "Aucun résultat faux positif n'a été enregistré par le capteur au cours de notre étude. Il convient toutefois de noter que l'étude a été réalisée dans un environnement intérieur contrôlé",et non dans le contexte d'un contrôle de police.
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La police danoise confirme à franceinfo qu'elle s'est équipée de 30 détecteurs de la marque Olythe. En huit mois,"plus de 30 procédures" dans lesquelles le détecteur a testé positif un conducteur ont été validées ensuite par une analyse de sang. "L'expérimentation étant toujours en cours,nous ne sommes pas en mesure de tirer des conclusions quant à l'efficacité du dispositif",explique une porte-parole de la police,"mais les premiers retours sont très positifs. Jusqu'à présent,un tribunal a condamné trois automobilistes pour conduite avec du protoxyde d'azote dans le sang à la suite de l'utilisation de cet appareil de dépistage. Les analyses sanguines ultérieures ont confirmé la présence de protoxyde d'azote dans leur sang". Les Danois attendent d'avoir atteint les 50 tests positifs pour évaluer si le détecteur mérite d'équiper la police dans tout le pays.