Économie

Derrière l'afflux de migrants à Ceuta, les interrogations politiques

Aug 3, 2026 IDOPRESS

Des centaines de migrants sont entrés dans l'enclave espagnole de Ceuta,en Afrique du Nord,après avoir contourné à la nage la clôture frontalière séparant le Maroc de l'Espagne,le 30 juillet 2026. (LUCIA DIAZ )

Les forces de sécurité espagnoles se sont retrouvées complètement débordées jeudi 30 juillet,lorsque des centaines de Marocains,majoritairement des jeunes,et pour l'essentiel des hommes ont pénétré dans l'enclave de Ceuta en Espagne. Ils ont contourné la frontière à la nage. Certains équipés de bouées,voire de combinaisons de plongée,mais la grande majorité torse nu ou vêtue d'un simple t-shirt,malgré le danger des vagues et des rochers. Les autorités font état de neuf morts dans la traversée,sans compter les blessés.

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Dans cette enclave de Ceuta,minuscule territoire de moins de 20 kilomètres carrés,les riverains sortent leur téléphone l'œil incrédule,pour capter les cris de joie collectifs des migrants qui sont parvenus sur le sol espagnol. Beaucoup d'entre eux courent,soit par crainte d'être rattrapés,soit pour gagner au plus vite un centre d'accueil. Mais les centres d'accueil sur place sont bondés. Depuis une semaine,Ceuta constate quotidiennement 150 entrées illégales,selon le maire de la ville. Jusqu'à la journée de jeudi,qui a marqué le pic de ce phénomène.

Une explication politique ?

Il existe plusieurs théories pour expliquer ce phénomène. D'abord,des rumeurs sur les réseaux sociaux,au sein de la jeunesse marocaine. Des rumeurs selon lesquelles la frontière de Ceuta est ouverte. En Espagne,l'opposition de droite met aussi en cause une récente décision de justice. Trois semaines auparavant,la Cour suprême espagnole a déclaré illégal le refoulement d'un migrant lorsqu'il arrive à la nage dans l'enclave de Ceuta.

La presse espagnole s'interroge également sur une éventuelle passivité des forces de sécurité marocaines,de l'autre côté de la frontière,qui n'ont pas empêché cet exode. Une manière de faire payer au Premier ministre espagnol sa visite récente chez le grand rival du Maroc,l'Algérie,une dizaine de jours avant ces événements ? Ce ne serait pas la première fois que l'immigration illégale est instrumentalisée. Il y a cinq ans,8 000 migrants étaient entrés à Ceuta en deux jours. Le gouvernement marocain avait reconnu qu'il s'agissait d'une mesure de rétorsion. L'Espagne venait d'accueillir un chef indépendantiste du Sahara occidental. Un dossier sensible pour le gouvernement marocain.

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Cette crise migratoire provoque également des tensions en Europe. Ces images ont été commentées notamment par la Première ministre italienne,la très nationaliste Giorgia Meloni qui appelle à suspendre la libre circulation entre l'Espagne et le reste de l'Europe. C'est-à-dire à exclure les Espagnols de l'espace Schengen. Une déclaration qui a ulcéré le gouvernement socialiste espagnol. Il convoque d'ailleurs vendredi 31 juillet,l'ambassadeur italien à Madrid. La crise migratoire n'est peut-être que le prélude à la crise politique.